Archives pour mars 2011



Le petit matin

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Shorin-zu (Forêt de pins) – Hasegawa Tohaku, période Momoyama, XVIème s.

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Les fraises sauvages

Hier j’ai découvert le cinéma de Bergman.

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Mieux vaut tard que jamais, « Les fraises sauvages » (1957) est la suite du « Septième sceau », tourné la même année. Ils furent tous deux de grands succès internationaux.
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Le film met en scène un vieillard riche et solitaire, Isak (le très émouvant Victor Sjolstrom, ancienne « star » du muet), qui, partant en voiture dans la ville de Lund pour recevoir le titre honorifique de « Docteur Jubilaire » va, en chemin, reconsidérer sa vie.

Il est accompagné de sa belle-fille Marianne (l’angélique Ingrid Thulin), venue se « réfugier » chez lui pour être seule et réfléchir à sa vie de couple en crise, bouleversée par l’arrivée prochaine d’un premier enfant dont son mari, clairement dépressif, ne veut pas.

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Isak fait depuis quelques mois des rêves étranges dans lesquels il se retrouve confronté à l’image de sa propre mort, qu’il sait imminente, et revit littéralement des passages de son passé, parfois accompagné d’un « guide » comme c’est le cas dans le « Christmas Carol » de Dickens. Même type de personnage, même remise en question, même rédemption.

 Il s’arrête en chemin voir sa mère de 96 ans, aussi glaciale et austère que lui, qui va lui donner la montre de son mari à laquelle manquent les aiguilles. Isak est troublé par cette vision qui fait écho à son rêve de mort dans lequel se retrouve l’horloge sans aiguilles.

Le film dans sa totalité fait jouer les correspondances entre personnes, passé présent et futur, générations marquées par le traumatisme…, et le sentiment de fatalité morbide qui habite chaque membre de cette étrange famille, et qui horrifie la belle et douce Marianne, qui veut pour son enfant à naître la simple joie d’être en vie.

Le vieil homme en « fin de parcours « est confronté comme par un coup du destin à la jeunesse qui jubile, incarnée par trois autostoppeurs qui vont faire le voyage avec lui. La seule fille du trio, délurée et vive, est le portrait craché de son amour d’adolescence, Sara, qui épousa finalement son frère.

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Marianne aussi aura droit à son « miroir » face au couple pris en autostop pour un court moment – « casé » dans la voiture entre les trois jeunes vagabonds et les deux personnages principaux- ne cessant de se railler, de s’insulter et de se disputer, provoquant la colère de la jeune femme qui les fait sortir de la voiture, asphyxiée par cette tension qui la ramène à son propre mariage.

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C’est d’ailleurs un miroir que tendra à Isak Sara, sous sa forme onirique, pour le faire se confronter à sa propre finitude.

Ses souvenirs à la fois idylliques et douloureux, sa faiblesse physique, son désarroi grandissant ainsi que l’utilisation de la voix-off d’Isak, nous aident à nous le rendre sympathique, même si les différents avis émis sur sa personne, l’image que son entourage s’en fait le décrivent comme égoiste, dirigiste et indifférent aux malheurs des autres.

C’est un homme respecté et admiré de ses pairs et de ses compatriotes (le pompiste, à des kilomètres de chez lui, le présente comme une véritable héros), fier comme il le dit au début du film d’avoir « consacré sa vie à son travail » mais qui semble être totalement passé à côté de son existence. Cette simple journée va remettre en question toutes ses certitudes.

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Bergman appuie ces correspondances dont je parlais plus haut notamment grâce à l’utilisation du noir et blanc, qui dramatise la solitude d’Isak au sein de ses propres souvenirs, terré dans le noir quand le passé resplendit de lumière (la scène du déjeuner familial est littéralement aveuglante de blancheur), aggravant ses traits marqués et magnifiant ses sublimes actrices, toutes plus émouvantes et délicates les unes que les autres.

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Cette mise en scène aussi symbolique que son propos permet de rendre compte de l’importance de ces chocs relevant autant du visuel (les rêves, les souvenirs, les objets…) que du langage, qui vont être autant de cartes entre les mains du personnage pour que l’incertitude et le chaos intérieur laissent place à la potentielle rédemption.

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Une de ces clés sera bien sûr la simple communication. Sa belle-fille Marianne, avec laquelle il commence le voyage seul, sera d’abord fermée à ses confidences, ne voulant pas entendre le récit des rêves qui troublent le vieillard. Puis, finalement et à force de temps, une complicité va naître entre eux deux, facilitée par les circonstances.

Le voyage, d’abord, qui on le sait amène souvent à se dire ce qu’on ne dit jamais (et paradoxalement nous choisissons l’espace clos de la voiture duquel on peut difficilement s’échapper!), et la perte de repères visible du vieil homme qui semble rajeunir tout au long du film, pour finir par le montrer en position de petit garcon apeuré. Cette nouvelle attitude va émouvoir Marianne, et la jeune femme et son beau-père échangeront sur cette mort qui pèse sur l’histoire passée et à venir de la famille.

C’est donc un voyage intiatique, onirique, symbolique et fortement empreint de psychanalyse que Bergman nous propose, libérant son personnage sur lequel il porte un regard plein de tendresse à la fin de son film.

Isak tente, maladroitement (et c’est ce qui sauve cette fin de la mièvrerie) de faire amende honorable et s’essaie à la douceur et à la parole auprès de sa vieille et fidèle gouvernante et de son fils qui, à l’issue de la cérémonie de Lund, s’est rapproché de son épouse Marianne, apparemment déstabilisé par sa longue absence.

Mais Bergman ne le fait pas s’en tirer à si bon compte. La gouvernante, bien que touchée des attentions nouvelles de son employeur, refuse le tutoiement qu’il lui propose, mais accepte avec le sourire ses excuses, et Isak est coupé dans son élan quand il veut dire à son fils qu’il n’attend pas de celui-ci qu’il lui rembourse l’argent qu’il lui a prêté.

Un très beau film qui brasse des thèmes impossiblement réductibles à quelques mots, et qui dit la difficulté de vivre avec les autres et/ou pour soi et l’incommunicabilité entre les êtres, et particulièrement celle tragique entre ceux d’une même famille.

 

 

 

You’re trying to seduce me… Aren’t you?

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Pigeonnières

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A la cool, les mecs!

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