La prisonnière- Clouzot



La prisonnière- Clouzot dans Cinéma PRISONNIERE1

Je viens de voir « La prisonnière » de Clouzot. C’est un chef-d’oeuvre pour moi. C’est drôle comme à chaque fois le chef-d’oeuvre, l’oeuvre qui touche à l’absolu selon moi fait -en plus souvent d’une grande maîtrise technique- son jeu sur le fil.

Ce n’est même pas de la subtilité. C’est la fine frontière entre ce que nous acceptons comme réel (et ce tout de suite) et: le mièvre, le facile, le pathétique, le démagogique,.. tout ce qui serait concept amené frontalement, et souvent via des clichés.

Certains films se construisent comme cela, et c’est tellement grossièrement assumé que ca en devient machinal et réconfortant comme manger trop quand l’on se sent triste.

Ce risque, ce fil tendu, ajoutent du piment à notre expérience de spectateur bienheureux, car la fluidité et la perfection de ces instants suivis est délicieusement brisée par la crainte de voir s’écrouler ce qui nous a ravis.

C’est comme un numéro d’équilibriste, mais ca n’est jamais totalement du divertissement.

A un seul moment, on peut penser que Clouzot va dans le sens de l’intelligentsia parisienne; quand Magy commente les oeuvres de Stan. Ah qu’elle est drôle dans sa naiveté, dans son ignorance. Ah que nous lui sommes supérieurs. Ces vingt secondes, agrémentées des légers ricanements de la salle à demi remplie, m’ont gênée. Pourtant, c’est moi qui ai tort. Cette femme existe, Clouzot la montre, parcequ’elle a le droit d’être là aussi, et parceque le couple José-Stan n’en paraît que plus diaboliquement lié dans le plan qui suit, tels deux fauves au regard transparent fascinés par la facilité de leur proie, et parceque leur amour, comme tous les amours, c’est aussi cela: nous deux et eux.

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